Karim Boudouda n’est pas Eric
Woerth
par Le PIR Grenoble
Karim
Boudouda n’est pas Eric Woerth. Pour pouvoir brasser de grosses sommes
d’argent, il ne s’adresse pas à Liliane Bettencourt. Il va au casino
d’Uriage, le braque et s’enfuit. Karim Boudouda est mort. Eric Woerth
est vivant. Voilà le destin d’un arabe de Villeneuve, un quartier
immense de 11000 habitants, sale mais pas loin de Grand’ Place, le
centre commercial donc ça va. Il n’a pas eu la même chance que ces
autres voleurs à la tête de la puissance impériale blanche : lui il
s’est fait prendre.
Tout commence jeudi soir à Uriage : le casino de cette ville à l’est de
Grenoble se fait braqué par deux malfrats. Ils embarquent entre 20000 et
40000 euros en cash. Une fois la police avertie, une course-poursuite
démarre pour se terminer à la Galerie d’Arlequin, à Villeneuve. L’un
d’eux parvient à s’enfuir, l’autre s’écroule. La meute policière dit
avoir répondu au tir d’un des malfrats, Karim Boudouda. La meute
populaire, quant à elle, assure que les forces de l’ordre l’ont d’abord
immobilisé d’une balle dans la jambe, pour ensuite l’achever d’une
autre, fatale, dans la tête. Le jeune de 27 ans meurt juste devant chez
lui. Aucun policier ne lui vient en aide. Pendant le reste de la nuit,
un hélicoptère tourne sur le quartier pour calmer les habitants... qui
jettent toutes sortes de projectiles sur les policiers, leur reprochant
d’avoir laissé mourir Karim Boudouda. L’atmosphère devient dès lors
électrique.
Vendredi soir, une ambiance de guerilla
urbaine, d’Intifada, de Baghdâd, de Beyrouth de Cosa Nostra se fait
sentir à Villeneuve selon les médias... Non, en fait entre 15 et 20
jeunes ont brûlé des voitures et un habitant du quartier à tirer sur la
police. Il n’a pas été identifié. Ces mêmes médias montrent le lendemain
de pauvres résidents du quartier, accablés d’avoir perdu leurs chères
voitures. En réponse, Brice Hortefeux arrive sur les lieux, tel un héro,
déterminé à vouloir changer les choses et vite. Et quand il dit vite,
c’est tout de suite...Le ministre de l’intérieur veut calmer cette zone
d’indigènes, où selon TF1, des femmes en « djellaba bleu » mais aussi
« portant le voile intégrale » n’acceptent pas la présence policière et
préfèrent voir cette « sale race d’Européen » éliminée.
Le
ministre veut faire preuve de fermeté : 300 agents des forces de l’ordre
dont le RAID et le GIPN vont investir les lieux. Rappelons que le GIPN,
ces unités d’élites de la police nationale interviennent dans des
situations d’extrême violence telle que des prises d’otages, des actes
de terrorisme, de mutineries dans les prisons par exemple. Trop selon
l’Etat ? Non, car le but est de reprendre le contrôle sur cette zone où,
encore une fois, entre 15 et 20 jeunes ont brûlé des voitures... Avec
cette attroupement de policiers, il paraissait évident que la personne
non-identifiée qui a visé les policier avec un fusil à pompe allait être
retrouvée. Mais ce n’est pas le cas. Les hélicoptères n’ont pas suffi.
Le fameux tireur est toujours dans la nature, où plutôt dans Villeneuve.
Hortefeux aurait du embaucher Jack Bauer...
Toutes ces gesticulations politiques et
médiatiques désespérantes et transpirant de banalité n’ont fait
qu’accroître le fossé entre les Indigènes et la « puissance publique »,
entre le fantasme et la réalité française. Ce fantasme colonial, où les
zones habitées par ces Arabes, ces Noirs sont incontrôlables. Ne soyons
pas étonné par la suite du débat qui va accompagner les semaines et les
moins prochains. Tel un disque rayé, les concepts de « refus de
l’intégration » vont ressortir pour renvoyer les responsabilités aux
habitants du quartier. Bruno Gollnish du FN a même commencé en
s’étonnant que ce Karim Boudouda, multirécidiviste n’est pas été bien
avant reconduit dans son pays d’origine. Par contre, les problèmes de
chômage au sein du quartier ne vont pas être discutés. Les jeunes
diplômés Indigènes de cette ville universitaire qui ne trouvent pas
d’emploi ne seront pas évoqués. Les faits divers qui ont touché Grenoble
ne sont pas nouveaux, et malheureusement les réactions politiques sont
toujours les mêmes.
Le PIR Grenoble
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