Les enfants de Gaza ne
peuvent plus être soignés à l’étranger
L’État hébreu est immoral par défaut de sens moral
Jonathan Cook *
Quatre jours de suite,
une ambulance a conduit Amira Ghirim, 15 ans, de l’hôpital Shifa
jusqu’à la frontière à Rafah. On espérait que la fillette serait admise
en Egypte pour aller en France se faire opérer d’urgence.
Amira a eu le bras et la cuisse gauches
écrasés et les organes internes blessés par la chute de gravats quand
un obus a touché sa maison dans le quartier de Tel al Hawa, à Gaza
Ville, vers la fin de l’offensive israélienne. L’assaut qui a tué son
père, son frère et sa soeur l’a laissée orpheline.
Sa tante, Mona Ghirim, raconte
toutefois que malgré l’urgence de son opération, Amira s’est fait
renvoyer chaque fois de la frontière. " Tous les matins quand nous arrivions au passage, les soldats égyptiens nous insultaient et nous disaient de partir ».
Mme Ghirim a dit que l’état d’Amira
s’était détérioré à cause des heures qu’elle avait passées hors de
l’hôpital. Hier, en entendant que la frontière resterait fermée, elles
ont décidé d’abandonner le voyage. « Amira est très malade et ces déplacements inutiles ne sont pas bons pour elle".
Amira est l’une des quatre enfants
auxquels une équipe de docteurs en France à offert une opération qui
pourrait leur sauver la vie. Toutefois, Amira et les autres enfants
sont victimes d’une bataille bureaucratique opposant l’Autorité
palestinienne, le Hamas et l’Égypte.
Mohammed Salem, chef du groupe médical
Pal Med basé en France, était parmi les médecins qui accompagnaient les
enfants jusqu’au passage vendredi dernier. Il a dit que
les médecins
avaient pu passer, mais que les ambulances transportant les enfants
étaient restées bloquées. Quand les médecins ont essayé de retourner à
Gaza, ils n’ont pas été autorisés à passer.
"Nous ne savons pas pourquoi les enfants ont été refoulés" dit-il. "
Nous avions tous les papiers et les documents nécessaires. On nous
avait dit qu’une fois que nous aurions traversé le passage de Rafah,
l’ambulance transportant les enfants serait autorisée à nous suivre".

Des enfants hurlent de douleur et tout le monde s’en fout !
Il semblerait que le Ministère de la
santé de Ramallah ait brusquement changé de politique et que, la veille
de la tentative de départ des quatre enfants, il ait annoncé qu’il n’y
avait plus de raison de faire soigner d’autres enfants à l’étranger.
Pendant l’attaque israélienne de
vingt-deux jours contre Gaza, près de 1300 palestiniens ont été tués et
quelque 5300 ont été blessés.
Dans les jours qui ont suivi la
déclaration de cessez-le-feu par Israël, le 18 janvier, des centaines
de Gazaouis grièvement blessés ont été transférés en Égypte par le
passage de Rafah. Beaucoup sont soignés dans les hôpitaux égyptiens et
d’autres ont été envoyés à l’étranger.
Mais pour ces quatre cas, il semble que
les autorités égyptiennes aient préféré se plier aux souhaits du
Ministère palestinien de la santé par crainte de frictions
diplomatiques.
Sur les quatre enfants, Hazem Abu Odeh,
12 ans et Iman Khadum, 9 ans doivent être opérés pour arrêter une
hémorragie dans leurs reins.
Le quatrième, Alla Abu Dagan, 16 ans,
souffre de fractures et de blessures multiples dans le ventre causées
par l’explosion d’un obus.
Parlant sous couvert de l’anonymat, une
source diplomatique a dit qu’Amira et les autres enfants ont
probablement été pris dans une dispute politique causée par la division
entre l’Autorité palestinienne, contrôlée par le Fatah en Cisjordanie,
et le gouvernement du Hamas à Gaza.
 Pendant que des enfants meurent dans les bras de leur mères...
|
 ...D’autres enfants apprennent comment tuer des enfants dans les bras de leur mères...
|
"L’AP veut montrer que son autorité
s’étend à Gaza également. Elle utilise le contrôle qu’elle exerce sur
l’aide médicale internationale à Gaza pour montrer qui est le chef et
qui est aux commandes » selon la source.
Le Ministère palestinien de la santé s’est refusé à tout commentaire.
Mme Ghirim a dit que sa nièce avait
subi un traumatisme terrible." Après le bombardement de la maison, elle
a rampé hors du bâtiment pour demander de l’aide, mais la rue était
déserte. Elle a couché en plein air et toute la nuit elle a entendu les
voix des soldats qui parlaient en hébreu.
Le lendemain matin, elle a rampé sur
cinq cents mètres jusqu’à une autre maison pour se cacher. Elle est
restée là jusqu’au retour du propriétaire de la maison. Celui-ci a dit
qu’elle était en état de choc, couverte de sang et de poussière.
Les organisations médicales
internationales ont fait leur propre évaluation de la situation à Gaza
ces derniers jours. L’Organisation mondiale de la santé devrait émettre
un rapport dans les jours à venir.
Une équipe de douze médecins israéliens
arabes, membres de Médecins pour les droits humains, est rentrée de
Gaza dimanche. Les médecins ont prévenu que le système de santé à Gaza
avait atteint ses limites et que les patients blessés risquaient de
mourir.
Selon Riyad Haddad, chirurgien au centre médical Carmel de Haïfa : "L’aide
médicale est abondante, mais les soins que les médecins peuvent
prodiguer sont extrêmement limités du fait de l’isolement de Gaza qui a
été coupé du monde pendant de longs mois".
Il a dit que les techniciens n’étaient
pas formés à l’utilisation d’un équipement hospitalier moderne,que les
médecins n’avaient pas assisté à des séminaires médicaux sur les
derniers progrès dans leur domaine, et qu’il y avait une grave pénurie
de personnel infirmier formé.
Il a aussi dit que Gaza n’avait pas les
psychologues nécessaires pour répondre à l’ampleur des traumatismes
mentaux infligés à la population.
Sur les milliers de blesses, plus de six cents auraient une infirmité permanente. "Gaza a le plus grand besoin de centres de revalidation pour traiter un si grand nombre de personnes handicapées ».
Le Dr Haddad a dit que beaucoup de
médecins gazaouis lui avaient signalé des blessures inhabituelles et
difficiles à soigner, infligées par les armes expérimentales qu’Israël
avait utilisées pendant son offensive.
Il a également mis en garde contre les
obus non explosés qui avaient déjà tué des enfants jouant avec des
munitions trainant dans les gravats. Le week-end dernier le Comité
international de la Croix-Rouge a dit que les engins non explosés
posaient un « nouveau danger majeur » pour la population civile.
Gaza risque aussi de connaître de
grandes épidémies comme le choléra qui augmenteraient encore le nombre
de décès. Le Dr Haddad a dit " Bien que la plupart des corps aient été
dégagés des gravats, vous pouvez voir et sentir des animaux morts
partout : des moutons des chèvres des chats et des chiens ».
| |
 Jonathan Cook
|
* Jonathan Cook est écrivain et journaliste. Ses
derniers livres : Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran
and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing
Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Son
site : http://www.jkcook.net, son mel : jcook@thenational.ae.
Du même auteur :
Gaza sert-elle de terrain d’essai pour de nouvelles armes ? - 18 janvier 2009
Les partis arabes interdits d’élections en Israël - 17 janvier 2009
Bombarder la prison de Gaza pour la rendre plus sûre pour Israë - 10 janvier 2009
Le véritable objectif du massacre dans Gaza - 2 janvier 2009
L’objectif d’Israël : mettre Gaza à genoux - 19 novembre 2008
Source : en anglais et en français
Traduction de l’anglais : Anne-Marie Goossens