LE CYCLONE DU MEPRIS ET LES INCENDIES D’ORIGINE CRIMINELLE DANS PLUSIEURS LOGEMENTS VETUSTES A PARIS ETAIENT-ILS A EUX DEUX PREVISIBLES ?
LE CYCLONE DU MEPRIS
Par Richard Labévière

«Si Al-Qaïda avait revendiqué l'ouragan, George Bush aurait certainement interrompu ses vacances plus rapidement».
C'est le type de commentaires que l'on peut lire sur l'un des milliers de blogs apparus spontanément après le passage de Katrina.
Et les éditorialistes de la grande presse ne sont pas en reste: honte nationale, humiliation et manque d'anticipation sont des expressions qui se multiplient, y compris, sous des plumes et dans des voix proches de l'administration Bush. Il est vrai que sur le plan de l'anticipation, la première puissance du monde peut, évidemment, mieux faire.
Nombre de scientifiques et d'experts avaient mis en garde contre les effets apocalyptiques qu'un cyclone pourrait avoir sur la Nouvelle-Orléans, mais leurs avertissements ont été ignorés et les fonds de génie militaire qui auraient dû servir à consolider les digues ont été consacrés à la guerre en Irak. Plus grave encore... c'est surtout sur le plan des secours d'urgence que la première puissance du monde a été - disons-le - en-dessous de tout ! «Comment un pays capable d'envahir l'Irak et d'y dépenser cinq milliards de dollars par mois ne peut-il pas se porter au secours d'une de ses villes, au deux tiers noire?» se demande un directeur d'hôpital de Baton Rouge. Et le cinéaste Michael Moore d'adresser une lettre ouverte incendiaire à George Bush où est posée l'incontournable question: «Où diable avez-vous pu égarer tous nos hélicoptères militaires?»
Mais c'est, enfin, sur le plan sécuritaire que la première puissance du monde a, aussi été parfaitement déficiente. On a vu des milices armées attaquer des hôtels et se livrer à des pillages et des viols - en toute impunité - tandis que le Pentagone peinait à trouver et à déployer des forces spéciales. Rien de moins surprenant dans un pays où les armes de guerre sont en vente libre et où pullulent les milices et les groupes para-militaires. Rien de moins surprenant pour un pays qui exige le désarmement des milices au Liban, en Colombie ou ailleurs...
En définitive, ce 11-septembre météorologique aura, surtout, été un cinglant révélateur des contradictions sociales qui fracturent la société américaine. Nombre de citoyens ont mal vécu la découverte - à la télévision - d'un tiers-monde à domicile, d'une misère insoutenable à leurs portes - chez eux - au cœur de la puissante Amérique qui entend gendarmer les quatre coins du monde.
Rien de moins surprenant pourtant dans un pays où le président incarne, à ce point, le mépris des riches envers les pauvres, dans un pays où l'on démantèle la sécurité sociale et les services publics, dans un pays qui néglige aussi les grands équilibres environnementaux.
Le mythe américain en a pris un vieux coup.
Et suprême humiliation: l'aide internationale, désormais acceptée par les autorités devrait être coordonnée par l'Organisation des nations unies (Onu) dont chacun sait qu'elle reste l'une des bêtes noires de l'administration Bush...
Richard Labévière
Article publié le 05/09/2005
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