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Histoire: L'Islam agressé- Deuxieme partie
Posté le 19 août 2005 à 16:30:28 EDT par Amel

L'Islam agressé- Deuxieme partie

Par Hadroug Mimouni

L’école des langues orientales va ouvrir ses portes aux étrangers. C’est ainsi que les Allemands Fleicher, Weil, Kosegarter et Flugel, viendront s’y former, avec le bavarois Muller, le Suédois Torengerg, l’Italien Peyron, le Genevois Humbert et l’Espagnol Gayangos. Sur la demande du tsar, cette école enverra certains de ses élèves créer l’institut oriental de Saint Petersbourg. Elle créera aussi l’école hongroise d’orientalisme, à dominante juive, avec à leur tête Goldzieher. Sylvestre de Saci avait donné un certain lustre à cette école. Après sa mort, en 1838, l’école périclita. Parmi les premiers élèves qui sortiront de cette école, nous trouvons Champollion, Chizi, Abel, Remusat, Saint Martin, Quatremère, Jaubert. Plus tard1 sortiront. Reinaud, Caussin de Perceval, de Slane, Fresnel, Kazimirsky, Bédillot, Langlois, Renan, Bresnier, Cherbonneau. Revenons à 1796.

Bonaparte débarque on Egypte. Il n’a pu emmener avec lui que neuf traducteurs, avec à leur tête Venture de Paradis, qui sera remplacé à, Sa mort à Akka, par Jaubert. On s’aperçut que sur les neuf interprètes qu’il avait emmenés avec lui, deux seulement étaient valables, Bonaparte décida d’en former sur place, avec des autochtones qui, eux connaissaient l’arabe. Il recruta pour cela dans le milieu juif et chrétien, ceux qui avaient fait plus ou moins des études de français. Il les intégra dans les unités de mamelouks. Plusieurs d’entre eux embarqueront avec l’armée française, lorsqu’elle quittera l’Egypte. Lorsqu’en 1830 les Français décident d’attaquer Alger, ils ne pouvaient, on raflant les fonds de tiroirs, mettre à la disposition de leur armée que cinq traducteurs valables, dont un Syrien, le père Zaccar, et un Juif, ancien colonel de Mameluk, Jacob Habaibi, et dix-huit autres d’un niveau quelconque. Les dix-huit étaient composés de six Juifs, six anciens mameluks et six Français.

En 1832, sur les cinq valables, il ne restera en place qu’un seul, le père Zaccar. Les autres quitteront Alger, déçus de n’avoir pas trouvé ce dont ils rêvaient. Ils s’attendaient à vivre une vie de pacha, et ils se trouvèrent dans une situation toute autre. Dans Alger, même ils n’étaient pas on sécurité. Quant à. s’éloigner de cinq kilomètres de la ville, il ne fallait pas y penser, à moins d’être deux mille et d’accepter le risque d’en laisser quelques uns sur le tapis. Les attaques contre Alger, malheureusement non coordonnées, étaient continuelles. Souvent la ville n’était pas ravitaillée en frais et Il fallait se rabattre sur le biscuit de guerre et les salaisons. Cela sans compter la haine et le mépris visibles sur les visages de presque tous les Musulmans.

La peur régnait, et tous ceux qui pouvaient rentrer en France le firent. En 1833, faisant le bilan des moyens humains dont elle disposait, l’armée française s’aperçut qu’elle n’avait qu’un seul traducteur écrivant en français et en arabe, le père Zaccar. Il y avait vingt traducteurs qui ne savaient écrire que le français et un qui ne savait écrire que l’arabe. Il y avait un autre traducteur compétent, le Syrien Abdellah Al Hasbouni, mais il avait été nommé consul auprès de l’Emir Abd El Kader à Mascara. Paris ne pouvant accéder en rien à la demande de son armée, l’autorisa à recruter comme bon lui semblait. Le recrutement se fit à travers toute la Méditerranée et même plus loin. Il ne se fit ni sur diplômes il n’y on avait pas, ni sur concours personne n’était à même de le faire passer, mais sur simple recommandation d’une personnalité française. Alors convergea vers Alger tout aventurier sachant baragouiner un peu l’arabe et un peu de français. Sans compter que pour avoir la recommandation, il fallait avoir rendu des « services ».

D’Egypte viendront des anciens mameluk comme Pharaon et ses deux fils, Salippe, Makarius, Monty Vathan et Adellah. De Syrie, une dizaine: les deux frères Accar, les trois Roussemu, Bramemscha etc... De Grèce: Dimitry, Nazo, Nicfort. De Malte; They, Thuma, et Bogo. De Bulgarie: Mayer Joseph. De Cayenne: Urbain Ismael Thomas. De Gibraltar: Abi Tebel, Levy Issao et El Bas Salomon. De Tanger: Sehousboré et Pinto. Du Liban: Chidiak Jean et Chihab Mahmoud. De Palestine: Payan, Julien et Gandolphe. De Tunis: Lombard, Aubin et Baranès. De Bavière: Federman. De Prusse: Goert. D’Italie: Bottari Canapas. De Sardaigne : Baxu. D’Angleterre: Seignette. De Grèce: Debonnemain et Calendini. De Chypre: Rey. D’Espagne: Balestro. D’Allemagne: Muller etc... D’Algérie on recrutera 21 Juifs; les trois frères Abucaya., Taboni, Daninos, Amar, Teboul, etc... De France, ne viendront que quatre dont un sera célèbre: Léon Roche. Plus tard d’Irlande viendra De Slane, qui sera suivi du Français Quatremère et d’autres qui n’ont pas fait parler d’eux.

En 1845, ils seront une centaine et c’est avec ce monde que va commencer l’étude de la langue arabe en France. Ils seront la base de départ de l’école orientaliste française. A la. même période se constituait en Algérie, à Sidi Bel Abbés exactement un nouveau corps d’armée qui prendra le nom de « Légion étrangère ». L’école orientaliste est la sœur jumelle de la Légion étrangère. Elles sont nées en même temps, sur le même sol, dans les mêmes conditions de recrutement, pour le besoin et avec le même patron, a, savoir l’armée colonialiste française. Elles disparaîtront en même temps et pour la même cause: elles sont devenues inutiles avec l’indépendance des pays du Maghreb. Elles auront vécu dans la même atmosphère. Pour les militaires français, le légionnaire n’était « qu’un repris de justice, un évadé du bagne, un sans patrie ».

Pour l’universitaire, les orientalistes, ne sont que les intellectuels du fourbi, du baqchih, du méchoui et de la fantasia. L’universitaire français ne fraternisera jamais avec les orientalistes Jetons un coup d’œil sur cette centaine d’individus qui vont faire connaîtra, à partir de 1845, non seulement à la France, mais à toute l’Europe moins l’Angleterre, ce qu’est la langue arabe et ce qu’est l islam. Une trentaine sur les cent sont des juifs, une quarantaine viendront de vingt deux pays différents et une trentaine sont français. Mais, très vite une vingtaine de français quitteront ce corps. Uns dizaine va s’engager dans l’armée active et une dizaine donnera sa démission. (Ces derniers quitteront l’Algérie et l’orientalisme, dégoûter par ce milieu. Parmi eux, ( Gauthier et Bourcet, élèves de l’école des langues orientales, dans leur lettre de démission ne se gêneront pas pour dire: « qu’ils étaient dégouttés de se voir donner pour collègues des individus méprisables ».. Ça ne devait pas sentir bien bon, pour que vingt jeunes sur trente, qui avaient abandonné leur pays pour une carrière, qui s’étaient expatriés, lâchent tout d’un coup. Plus tard, cette équipe sera renforcée par les Baussier, Kazimirsky, Cherbonneau, Fagnan et De Slane. Ils donneront un peu plus de niveau aux travaux les sortant du grossier et du vulgaire. Mais ils ne pourront changer la mentalité, car la souche sur laquelle ils vont se greffer, est de la plus sale espèce. Ce ne sera pas eux qui vont influencer cette école, d’est elle qui va déteindre sur eux et elle portera ses tares congénitales jusqu’à la fin.

En 1860, le système sera réorganisé et le travail réparti. Paris s’occupera. de donner des rudiments d’arabe, de conditionner le futur orientaliste et surtout d’éliminer ceux qui, par leur manière de penser, ne seront pas aptes à. fournir le travail que l’on attend d’eux. Paris s’occupera de la décantation et du tri, à Alger on se chargera, de faire les travaux pratiques. C’est là, loin de l’atmosphère parisienne avec ses idées de liberté, de justices et de droit, que l’orientaliste sera façonné. C’est dans un milieu dominé par le racisme, le passe-droit et le mépris de l’homme, qu’il donnera les fruits que l’on attend de lui. Chaque plante a besoin d’un climat spécial pour s’épanouir. De plus, en chargeant Alger du travail le plus gros, on déchargerait Paris des dépenses que cela occasionne, le contribuable français demande des comptes et pourrait tiquer, tandis que l’administration algérienne n’a de comptes à rendre à personne. On recrutera, au compte goutte, quelques « indigènes » au Maghreb.

Souvent consciemment, rarement inconsciemment, ils serviront d’antennes au système et ils plaideront toujours, auprès des leurs, la supériorité de l’homme occidental sur le musulman. Leur champ d’action sera quelques intellectuels et les hommes de religion, les seuls, qui à l’époque, étaient jugés potentiellement dangereux. A la fin du 19e siècle, l’Algérie et la Tunisie étant entièrement occupées, vint le tour du Maroc. C’est sur ce pays que va se porter le gros de l’effort. On créera « la mission scientifique au Maroc », avec sa revue: «La revue du monde musulman ».. C’était l’apothéose des orientalistes. Pour eux l’Islam n’a pas cinquante ans à vivre. Le maraboutisme qui était un danger, ne l’est plus au contraire, il est devenu le meilleur atout entre les mains des colonialistes. Les anciens chefs de confrérie ou de zaouïa, qui étaient des hommes de valeur, seront morts et remplacés par leur progéniture, que l’on a pris soin de dévoyer. Jouisseurs et alcooliques, ils seront la docilité même avec l’administration. Tels fils de cheikhs de zaouïa dont le père quittait précipitamment le village pour ne pas voir un « roumi », lorsque la vigile lui en annonce l’arrivée, sera un pilier des bars d’Alger. Pour plus de sûreté on créera même de nouvelles confréries comme El Amaria. Le chatelier, directeur de la « Revue du monde musulman », pourra écrire en juin 1914, dans une introduction sur Lammens, ce qui suit: «le père Lammens nous montre par son savant réquisitoire contre l’Islam, tout ce qu’on peut tirer de la méthode. Il reprend, dans la forme la plus moderne, l’ancienne lutte du christianisme absolu contre l’Islam condamné, l’adversaire touche des épaules... Aucun doute, la victoire de la vraie religion contre la fausse religion est complète ».. (Vraie religion, pour Le chatelier c’est le christianisme).

Comme on le voit, le directeur de cette revue est viscéralement anti-musulman. Son bras droit, à l’époque était Massignon, membre du comité de rédaction de la revue. Puis viendra la Première Guerre mondiale. Les musulmans, tous les musulmans du monde, vont être manipulés d’une façon telle que leur comportement sera la plus grande honte de leur histoire. Ils en subissent les séquelles jusqu’à ce jour. Les orientalistes allemands arriveront à mettre derrière leur pays une partie du monde musulman. Les orientalistes anglo-français mettront l’autre partie avec eux, et on assistera à une guerre où des musulmans tueront d’autres musulmans, ou se feront tuer, pour le bénéfice de ceux qui sont leurs ennemis. Les Musulmans y laisseront plus d’un million de morts, sans compter la perte de l’indépendance pour des pays qui étaient plus ou moins libres. Les Anglo-Français auront gagné la guerre. Ils en profiteront pour se partager le territoire de l’Islam et pour l’amputer d’une partie au bénéfice des Juifs. Si les Allemands avaient gagné la guerre, ils auraient agit de la même manière envers le monde musulman.

Encore, Si les nôtres avaient agit comme mercenaires, même pas! Le mercenaire exige de fortes sommes. IL Joue sa vie contre de l’argent comptant. Les Musulmans se sont contentés de promesses, comme ai les Européens avaient une parole. En 1920 commencent les années fastes pour l’Occident, surtout pour les Anglais et les Français. Tout ce qui valait la peine d’être conquis le sera. Pas une mouche ne peut se poser sans autorisation de l’un des deux pays. Le général Gouraud, pourra venir donner un coup de pied au tombeau de Salah Eddine Al Ayoubi et s’exclamer: « Saladin nous voici ! ».. La presse mondiale reprendra cette expression. Il n’y avait plus qu’à maintenir la situation telle qu’elle était. L’armée aura son rôle, les orientalistes le leur.

Mais, au Maghreb, dans le Rif marocain, ils auront à faire à un imprévu. Abdelkrim El Khattabi, le grand Abdel Karim, va leur faire passer des sueurs froides dans le dos pendant cinq ans. Il mettra l’armée espagnole on déroute. L’armée française viendra à la rescousse avec quatre cent mille hommes, sous les ordres du Maréchal Pétain. Les orientalistes seront appelés à apporter leur concours. Ils seront éparpillés à travers tout le monde musulman pour discréditer Abdel Karim on utilisant leurs « amis » et l’argent.

C’est ainsi qu’aucune aide musulmane ne parviendra aux combattants du Rif. Même les produits des quêtes disparaîtront encours de route, sans laisser traces. L’intox et tous les moyens psychologiques seront utilisés par les orientalistes, avec à leur tête leur élève, devenu maître: Lyautey, pour décourager et démoraliser les tribus du Rif. Vaincu par deux grandes armées occidentales, fortes à elles deux de 800.000 hommes, AbdelKarim déposera les armes. Entre tempe, il aura rendu à la jeunesse musulmane de l’époque l’espoir et au monde musulman une dignité. Mais Allah ne veut pas « que les mécréants éteignent Sa lumière avec leur bouche ». La même année, 1928, celui qui là-bas, au fond du Nedj guerroyait et que l’on ne désignait que comme un chef de bande de bédouins ., Abdelaziz Ibn Séoud,, allait libérer le Hedjaz de l’impureté et rétablir la loi d’Allah à Mekka et Médina, au moment ou elle n’allait plus être appliquée à Istanbul. Pour le priver de ressources, les Français interdiront le pèlerinage à leurs ressortissants musulmans pendant huit ans. Mais Allah, dans une situation Identique ne nous avait-il pas dit « Si vous craignez une baisse de revenus, Allah vous enrichira ! » (Attawba 28).

Puis vint la Deuxième Guerre mondiale. Cette fois-ci, en général les Musulmans ne marcheront pas. Au Maroc et on Tunisie, le service militaire obligatoire n’existait pas. En Algérie, où Il était obligatoire, les Français, sur le conseil « des spécialistes » ont préféré ne pas appeler les jeunes Algériens sous les drapeaux. On ne leur faisait pas confiance. La montée du nationalisme les a mis en garde. Dans les trois pays, on recruta sur engagement volontaire. Qui s’est engagé? Celui qui voyait l’horizon bouché, celui que la misère et le chômage poussaient à bout. En s’engageant il était sûr d’être habillé de drapet de recevoir régulièrement sa gamelle de soupe, en plus l’espoir qu’une fois la guerre terminée, il aura un emploi réservé de caïd, garde champêtre ou garde barrière. Il savait qu’il pouvait y laisser la vie, mais cette vie ne valait pas la peine d’être vécue. A la fin de la guerre, ils furent démobilisés, avec un coup de pied. Tu as servi, j’ai payé, nous sommes quittes. Rien n’est plus impudique que d’entendre certains d’entre eux dire: « nous avons aidé à libérer l’Europe du Nazisme ». Si tu sais libérer, libère toi toi-même. Il est encore plus malheureux de lire dans des écrits, émanant de patriotes que « les anciens combattante de 1914-1918, avaient connu la liberté, le droit et la justice pendant leur séjour en France, ont contribué au réveil du nationalisme à leur retour ».

Premièrement ils n’ont connu ni la liberté ni le droit, ni la justice; ils n’ont connu que les lieux de débauche et l’alcool. Deuxièmement, ils ont été toute leur vie les laquais du colonialisme. Leur organisation, « Dar el ‘Askri » qui existait dans toutes les villes du Maghreb, était le nid du mouchardage et le plus efficace système de déculturation. Portant sur des burnous ou des vestes étriquées leur décoration, ils étaient de toutes les manifestations colonialistes et ce jusqu’aux indépendances des trois pays. En 1943, les « spécialistes » recommandent la déposition du Bey Moncef. IL avait une notion de la dignité et un amour de son peuple qui n’allaient pas avec la politique des colonialistes.

En 1954, les orientalistes feront le rassemblement de tout ce qu’ils avalent comme laquais dans le Maghreb arabe: chefs de confréries, chefs de tribus, fqihs en peau de lapin pour leur faire déposer Sa Majesté Mohamed V. Seul Massignon, ayant tiré leçon de la déposition de Son Altesse Moncef Bey, sera contre cette entreprise. Devenu vieux, il ne sera pas écouté. Il avait remarqué qu’après la déposition du Bey, le peuple tunisien était devenu plus combatif, mieux organisé et plus uni. Les quelques « intellectuels » sur qui comptaient les Français, se sont démonétisés d’eux-mêmes, et le peuple tunisien qui leur donnait auparavant une certaine considération, s’est mis à les mépriser. Massignon avait vu juste. C’est ainsi que ce qui n’était, avant la déposition de Sa Majesté Mohamed V, que des ruisseaux, allait devenir un torrent qui emportera le système colonialiste.

Ni les chefs de tribus, de confréries, ni les fqihs à la noix, ni l’armée colonialiste n’arriveront à l’endiguer.Le 1er Novembre 1954, c’est le peuple algérien qui entreprend sa guerre de libération. Cette fois on fera appel, non seulement aux orientalistes, mais également aux éthnologues et aux sociologues. L’on verra reprendre du service les anciens « spécialistes des affaires musulmanes » de Tunisie comme du Maroc, sous la direction du général Parlange, ce grand criminel, qui partout où il a passé, a laissé un charnier de femmes et d’enfants. On en découvre encore, et rien n’est aussi bouleversant que de tomber sur le squelette d’une femme serrant dans ses bras le squelette d’un enfant. Les élèves de Massignon: Vincent Monteil, Germaine Tillon, Lucien Paye, les Servier etc... seront appelés à la rescousse. Ils formeront le bain-trust de Soustelle, gouverneur général de l’Algérie. Le 20 Août, jour anniversaire de la déposition de Sa Majesté Mohamed V, Zirout Youcef avec les moujahidines du Nord constantinois, par une opération géniale, va mettre parterre tous leurs plans et tous leurs efforts. Il obligera les Français à se démasquer et Soustelle, chef de tous ce monde, à. montrer son vrai visage au peuple algérien. Leur opium n’ayant pas servi, ils montreront le bâton. Zirout créera le point de non retour. Oui! Zirout le fils du peuple, réduira à, néant en une journée les plans et les stratagèmes de ces messieurs sortis des grandes écoles, spécialistes d’un tas de disciplines, aidés par des généraux qui une fois réunis totalisent la centaine d’étoiles.

Beaucoup de Musulmans se laissent prendre et accordent une sympathie à, des hommes qui ont pris des responsabilités dans le système colonialiste, et qui, à un moment démissionnent, parce qu’ils ne partagent plus l’opinion de leur gouvernement. Ces hommes ont été d’accord avec leur gouvernement sur le fond, c’est-à-dire le maintien de la domination de leurs pays sur le Maghreb. Ils ont démissionné à cause de la manière, car ils étaient conscients que c’est ainsi que la France allait perdre sa domination du Maghreb. S’ils condamnaient le bâton, ils préconisaient l’opium. Mais leur but était le même que celui du plus colonialiste des colonialistes, ils étaient en désaccord avec lui sur la manière, mais ils étaient d’accord sur le fond. Tietgen par exemple, qui était à la tête de la commission de sauvegarde des droits de l’homme en Algérie, a démissionné. Mais quand? Non pas quand il savait que dix Algériens étaient morts sous la torture, non pas quand ils étaient cent ni mille, ni cinq mille, mais quand le chiffre est arrivé à sept mille et que le sept millième ne s’appelait pas Ahmed mais Maurice. Six mille neuf cent quatre vingt dix neuf cadavres d’Algériens n’ont pas fait bouger Monsieur Teitgen mais le sept millième n’étant plus un Ahmed, il s’est aperçu qu’il avait une conscience. Il n’y a aucune différence entre le ministre de l’intérieur de l’époque, qui ordonne aux gendarmes de liquider les Moujahidines prisonniers, parce qu’ils risquent de s’évader et de rejoindre le maquis, le légionnaire qui loge une balle dans la tête d’un jeune de quinze ans, « pour ne pas l’avoir contre lui dans deux ans », ou le para qui courageusement plante son poignard dans le cœur d’une femme arabe; « car elle ne peut enfanter que des fellaghas »...

Pour tous l’Arabe n’est inoffensif que mort. Créé pour le renseignement et la manipulation, l’orientalisme ne pouvait faire que cela. Il n’a pas été créé pour la culture. Les belles lettres n’étaient pas pour lui un but, mais un moyen pour s’introduire dans les milieux musulmans, pour y collecter le renseignement. Quel était le chef d’une armée colonialiste qui n’avait pas son orientaliste? Lyautey, l’élève et le maître des orientalistes était leur idole. Il était pour « la pénétration pacifique », tout comme son élève Vincent Monteil, mais dans l’autre sens. Il a fait couler le moins de sang, nous dira-t-on, cela ne l’empêche pas d’avoir ravi au Maroc sa souveraineté Avant de disparaître, la légion étrangère enfantera les parachutistes, et avant de disparaître, l’orientalisme aura donné naissance à la coopération et aux techniciens. Le regretté Docteur Khaldi, en 1963, en voyant débarquer dans les pays du Maghreb ce flot de conférenciers et de coopérants avait vu Juste en écrivant: « les chaires d’orientalisme d’africanisme, de sinologie ou d’hindouisme, n’étaient que des laboratoires où s’élaborait la « pensée » qui devait servir à émietter, à désorienter, abêtir pour mieux domestiquer les peuples arabe, africain, chinois ou hindou ». La libération des peuples d’Afrique et d’Asie, en reléguant aux oubliettes de l’histoire les spécialistes et leur alchimie, va faire apparaître toute une floraison de « techniciens ». « Plus loin, Khaldi nous décrit ce technicien qu’il surnommait « l’indigéniste », : « il n’est pas comme son prédécesseur l’orientaliste un homme de chaire ou de laboratoire. Il opère sur le terrain, parcourt le pays, donne des conférences, des Interviews, des consultations. Il prend contact avec les dirigeants, peu importe qu’ils soient monarchistes, révolutionnaires ou autocrates, Il ne néglige surtout pas la base. Il a des relations et souvent des complicités dans le pays où il se rend. « Et il conclut: « nos propres problèmes doivent relever de nous-mêmes, et si nous n’y prenons garde, nous aurons bientôt la surprise de voir des prédicateurs d’un genre nouveau, jusque dans nos mosquées » ». En effet, quand les trois pays du Maghreb devinrent indépendants, ils se trouvèrent face à un besoin de techniciens angoissant. Ce n’était pas le système colonialiste qui leur avait permis d’en former. Les trois pays donnèrent la priorité à l’enseignement. Si l’on pouvait, plus ou moins, se débrouiller pour le primaire, il n’en était pas de même pour le secondaire où les effectifs étaient très faibles, surtout que nombre de professeurs ont été utilisés dans les postes clef de l’administration.

On se rabattit sur les pays arabes frères, et vite on s’aperçut qu’ils étaient loin de pouvoir satisfaire la demande en quantité et surtout en compétence. Ils passaient leur temps à faire l’éloge de leur pays respectifs et à déblatérer sur les autres. Ils sont arrivés à se rendre ridicules, même auprès de leurs élèves. Il est vrai qu’un petit nombre sauvera l’honneur et mit tout son cœur à l’ouvrage. On se tourna vers la France, seul pays susceptible de fournir des enseignants compétents et en nombre. Il est à remarquer que les pays francophones, comme la Belgique, la Suisse, le Canada, se récusèrent. Il fallait laisser la chasse gardée à qui de droit, solidarité occidentale oblige. Pour disposer d’un nombre suffisant d’enseignants, les Français décrétèrent que quiconque avait à faire son service militaire, pourrait le faire comme enseignant dans les anciennes colonies, s’il on avait la compétence.

On créa, à Aix-en-Provence, un centre pour soi-disant familiariser les partants avec le pays d’accueil. Qu’on ne s’imagine pas que pendant le stage on va leur donner des consignes ! Dans les trois pays, il fallait envoyer des enseignants qui, inconsciemment dressent les jeunes contre le régime de leur pays, et pa.r là affaibliront l’Etat Ceci nous éclaire sur toutes ces grèves et manifestations de lycéens, dans les trois pays, pendant une dizaine d’année, et qui cessèrent au fur et à mesure que les nationaux prirent on mains l’enseignement secondaire. Ces coopérants ont manipulé les élèves, souvent sans se rendre compte de ce qu’ils faisaient Ils étaient jeunes et ne pouvaient pas s’apercevoir d’un tel machiavélisme. Signalons au lecteur, qu’à la tête du centre d’Aix-en-Provence, était l’orientaliste Letourneau. Dans le supérieur, la situation était autre. Il ne s’agit plus de jeunes qui ne pensent pas faire carrière dans l’enseignement. Là il s’agit de fonctionnaires sensibles à l’avancement et aux notes. Leur petit nombre permettait le choix et les consignes. Les consignes étaient de bloquer et décourager les valeurs et de favoriser, par les notes les plus incapables. Des trois pays, l’Algérie se trouvait la mieux dotée on enseignants nationaux du supérieur.

En médecine, par exemple, au départ, elle disposait d’un corps de médecins compétents et dévoués, ils entreprirent leur travail, pour soigner comme pour former, d’une façon digne d’éloges. Il n’en fut pas de même en économie, par exemple, ou les coopérants furent longtemps maîtres du terrain. Ils firent un ravage, dont ce pays souffre encore. Ils dégouttèrent ceux qui avaient la clairvoyance, les obligèrent à changer de branche en les faisant redoubler, et ils complexèrent le reste. Si bien qu’aujourd’hui, lorsqu’un économiste avance une aberration on dit: « il ne faut pas lui en vouloir, il a été élève de Tiano ».. Mais, heureusement la plupart se sont détianisés.

Il en est parmi les Arabes qui osent parler de « l’œuvre des orientalistes », faisant allusion aux livres arabes qu’ils ont publiés. Certains sont allés jusqu’à dire, qu’ils nous ont sauvé notre héritage culturel. Les orientalistes ne sont que les fusées éclairantes de l’artillerie colonialiste. Celui qui est éclairé par la fusée s’imagine recevoir de la lumière, pour bien se diriger, alors que c’est parce qu’il y a cette lumière qu’il recevra un obus sur le crâne. On leur jette des fleurs parce qu’ils ont utilisé l’imprimerie avant les Arabes pour sortir certains ouvrages de notre patrimoine. Ils nous ont devancé d’une vingtaine d’années, mais il est faux de dire qu’ils ont découvert tel ou tel auteur arabe; ce qu’il ont publié au milieu du 19e siècle n’était pas inconnu du monde arabe ils ont choisi, non dans le but de la culture, mais les ouvrages qui seraient utiles pour comprendre l’histoire et la mentalité des Musulmans afin de les mieux dominer. Ils ont travaillé pour eux-mêmes. En réalité, ils ne se sont intéressés qu’à ce qui les éclairait sur les défauts des Musulmans, et n’ont cherché a connaître que son côté faible. Jetons un coup d’œil sur ce qu’ils ont publié. Ils ont publié Ibn Khaldoun.

Mais pas tout Ibn Khaldoun. Uniquement la partie qui concerne l’histoire du Maghreb et la Muqaddima, où il décrit les mœurs des Arabes et des Berbères et surtout leurs défauts, selon lui, andalou aigri et déçu. Donc, en le publiant, De Slane ne publiait pas l’œuvre d’un écrivain, mais ce dont il a besoin. A-t-il fait découvrir Ibn Khaldoun aux Arabes? Absolument pas. Quel était le bibliophile arabe qui n’en avait pas une copie? De Slane s’en procura six pour son travail, pour comprendre la « Assabiya ». La « Assabiya », les Arabes ne l’étudiaient pas, ils la vivaient. On s’imagine qu’il a passé ses nuits à collationner les six manuscrits. Erreur! Il y avait à l’époque au moins une centaine de Machaikh au Caire qui pouvaient lui faire correctement et rapidement ce travail pour l’équivalent de deux dollars les seize pages. Correction des épreuves en plus. Des spécialistes de ce genre sont encore nombreux. Si De Slane a traduit c’est autre chose, mais pour l’édition en arabe, il n’a été qu’un simple commanditaire.
 
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